Article extrait du Magazine « Sophrologie : pratiques et perspectives » (n°6)

Les applications de l’hypnose sont nombreuses, notamment dans le milieu médical. Que ce soit comme anti-douleur, aide à l’accouchement, opérations dentaires ou chirurgicales avec pas ou peu de produits anesthésiants, de plus en plus de personnes y ont recours.

Ses effets sont indiscutables et, pour peu que le sujet soit à la fois motivé en vue des résultats qu’il en attend et suffisamment sensible à la suggestion, « l’état hypnotique » permettra effectivement d’obtenir des indolorisations, voire des anesthésies profondes.

La confiance du patient envers l’hypnologue devra naturellement être totale pour qu’il accepte de se livrer, corps et âme, à celui-ci. C’est le cas particulièrement dans l’hynothérapie, autre versant, pour le traitement de troubles somatiques ou psychologiques comme l’angoisse, l’énurésie, le tabagisme, les phobies, les troubles obsessionnels compulsifs etc. Parfois en s’intéressant qu’au symptôme (au risque de seulement le déplacer), elle peut aussi en mettant à jour les causes, permettre des libérations salutaires de traumatismes anciens et refoulés.

Utilisée par Freud à ses débuts, mais rapidement abandonnée car la qualifiant de « manipulatoire », elle empêchait selon lui le patient de trouver ses « propres mots ».

Il est certain que les mécanismes de défenses – ou de protections – se « levant » facilement grâce à cette technique, l’accès aux zones encore obscures de l’inconscient se trouvaient plus aisément accessibles.

C’est là où la sophrologie, telle que l’exercent ses praticiens, fait la différence : elle s’intéresse exclusivement au conscient de l’individu. La conscience est ce qui me met en position de sujet, c’est ce qui me donne le sentiment de mon existence et du monde qui m’entoure : les autres, la nature, les rythmes, l’espace… car la conscience est ouverte et vise toujours quelque chose ; c’est actuellement votre conscience qui saisit ce texte. Vous pouvez très bien l’orienter vers autre chose ; par exemple fermer les yeux et la tourner vers votre « intérieur » : vos sentiments, vos impressions, vos sensations… Il s’agit réellement d’un éveil.

Ce qui caractérise le premier degré d’une dynamique de relaxation, qui se vit debout, c’est précisément l’écoute, le repérage des sensations s’offrant à notre perception. L’une des grandes qualités de cette pratique est notamment d’être capable de repérer des tensions, dans notre vie professionnelle ou privée, avant qu’elles ne s’installent et deviennent chroniques. C’est aussi, par extension, se mouvoir, agir, opérer dans des situations délicates ou risquées avec un minimum de crispations en contrôlant une économie de gestes et en les rendant plus harmonieux, voire gracieux. Combien d’accidents corporels seraient ainsi évités grâce à une attention portée à notre corps !

Un deuxième niveau permet à l’individu de se percevoir « comme si » il était à l’extérieur de lui-même. Nous entrons là dans le domaine de la représentation, de l’imaginaire. Nombre de personnes ne supportent pas de se voir en photo, en vidéo ou d’entendre leur propre voix enregistrée. Cet entraînement favorise la possibilité de « se voir, de s’accepter », se situer dans l’espace, immobile ou en mouvement et là encore, de renforcer son propre sentiment d’existence sans analyse ou préjugés, indépendamment des regards ou des jugements d’autrui. C’est, au sens propre, une « prise de conscience » de soi que les philosophes allèguent comme « libératrice ».

Cette prise de conscience de soi nous entraîne tout naturellement vers une meilleure sensorialisation de ce qui nous entoure : donner à nos cinq sens une acuité, une finesse de perception afin, précisément de mieux réagir à l’environnement en cas de besoin. Sélectionner aussi ce qui nous est profitable de ce qui l’est moins au augmentant nos champs de discernement et agir au mieux pour notre équilibre, notre propre protection.

Ceci n’est qu’un aperçu sommaire des exercices debout, assis ou en mouvement que propose la sophrologie dans sa pratique dynamique. Elle se différencie là nettement de l’hypnose.

Autre exemple, le discours du sophrologue a perdu son versant monotone, monocorde, au profit d’un rythme naturel, vivant. Le praticien doit s’abstenir de toute suggestion, de toute induction, de toute image imposée. L’autonomisation du « sophronisant » – sujet qui vit la séance (et non pas « sophronisé » !) – est primordiale car il doit non seulement intégrer les exercices vécus mais également être son propre maître pour pouvoir les reproduire, en les transposant, dans les différents épisodes de la vie quotidienne.

Pour conclure, en ancien expert, je dirais que l’hypnose pratiquée aujourd’hui ne devrait pas porter ce nom : elle n’a rien de comparable avec les pratiques de Liébault, Berheim ou Charcot.

Par Alain Zuili, Directeur de l’Institut de Sophrologie Relationnelle Avignon (école FEPS), enseignant de sophrologie à la faculté de médecine de Marseille